Un haut fonctionnaire iranien aurait déclaré à des membres du parlement iranien lundi que l’Iran avait accepté de geler son programme d’enrichissement d’uranium pour une durée de six semaines et d’entamer des négociations avec le groupe 5+1 dès la semaine prochaine, selon les comptes-rendus de l’Agence de Presse des Etudiants Iraniens (ISNA) et d’un site web iranien en langue farsi.
Par Gareth Porter, IPS, 3 juillet 2008
Les déclarations effectuées mardi par le ministre des Affaires étrangères iranien Manoucher Mottaki et un haut conseiller de Guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei semblent également indiquer qu’aurait été prise la décision d’accepter la proposition de « gel contre gel » du groupe 5 +1, tout au moins pour entamer des négociations préliminaires.
Le groupe 5 +1 est composé des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies - États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine et Russie - plus Allemagne.
Ce qui apparaît comme une évolution de Téhéran intervient dans un climat de menace grandissante d’attaque israélienne contre l’Iran, alimenté par une série de prises de positions israéliennes et américaines au cours des derniers jours.
Le responsable de l’agence iranienne de l’énergie atomique, Gholam-Reza Aghazadeh, a déclaré lundi à des membres du comité de l’énergie du Majlis que l’Iran avait décidé de commencer les pourparlers, selon le site iranien en langue farsi Fararou. Celui-ci rapporte que des « sources informées » avaient précisé que l’Iran acceptait une période de six semaines de gel sur toute extension du processus d’enrichissement d’uranium, comme condition à ces négociations, tel que l’avait proposé Javier Solana, le représentant aux affaires étrangères de l’Union Européenne.
La proposition du groupe 5 +1 offre également de suspendre le processus de renforcement des sanctions de l’ONU contre l’Iran. Elle ne mentionne cependant pas les sanctions organisées en dehors du cadre du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
L’agence ISNA a rapporté dans une brève publiée lundi qu’un parlementaire iranien membre du comité de l’énergie, qui n’est pas nommé, avait déclaré que l’Iran « a accepté d’entamer des pourparlers avec le groupe 5 +1 ». Elle a ajouté que les pourparlers « commenceraient la semaine prochaine ».
Bien que l’ISNA n’ait pas fait état de déclarations de ce responsable au sujet d’un gel des activités nucléaires - compris comme une non augmentation du nombre des centrifugeuses en exploitation - elle l’admet implicitement en indiquant que la proposition du Groupe 5 +1 effectuée par Javier Solana le 14 juin « requiert que l’Iran suspende ses activités nucléaires en échange d’un ensemble d’incitations sur le plan économique et de la sécurité ».
La brève de l’ISNA cite sans les nommer des « responsables iraniens » ayant déclaré que « les points communs des deux « paquets » peuvent être une rampe de lancement pour entamer des discussions ».
Le site farsi Fararou identifie comme étant Seyed Admad Hosseini le membre du comité de l’énergie ayant rapporté les propos de M. Aghazadeh tenus devant le comité, selon lesquels les autorités iraniennes ont décidé de négocier avec le groupe 5 +1. C’est également M. Hosseini qui est cité comme ayant déclaré aux journalistes que les pourparlers devraient commencer la semaine prochaine.
Le site Fararou fournit également des détails sur l’exposé de M. Aghazadeh. Il indique que le secrétaire du comité de l’énergie du Majlis, Moayyed Hosseini, a déclaré à un journaliste du site que M.Aghazadeh avait souligné les « aspects positifs » des négociations avec les 5 +1, « y compris le fait que l’Occident acceptait la possession par l’Iran de 3000 centrifugeuses. »
Ces remarquent suggèrent que Téhéran va présenter la proposition de « gel contre gel » comme une concession faite au droit de l’Iran à enrichir l’uranium.
Le site Fararou rapporte des propos du Secrétaire du Comité où celui-ci déclare clairement que la proposition d’un gel de l’enrichissement pour une durée de six semaines « a été acceptée par Téhéran ».
Ce même député aurait également déclaré que le responsable de l’énergie atomique avait affirmé que le « paquet » de propositions des 5 +1 est toujours à l’étude, et que l’Iran répondrait à la fin de la semaine.
La proposition des 5 +1 transmises aux responsables iraniens par le représentant aux affaires étrangères de l’UE Javier Solana le 14 juin est une reformulation de l’offre faite à Téhéran à la mi-2006. Mais elle est accompagnée par la proposition d’une période de six semaines de « gel contre gel » aux termes de laquelle l’Iran ne doit pas augmenter le niveau de son activité d’enrichissement en contre-partie de quoi le P5 +1 gèlerait le processus de renforcement des sanctions contre l’Iran, selon les propos de diplomates en poste à Londres rapportés par Reuters le 21 juin.
Cela permettrait d’entamer des « pré-négociations » entre les deux parties, qui porteraient sur les « paramètres des négociations officielles », selon les diplomates.
Cependant, la tenue de négociations officielles exigerait comme préalable que l’Iran « suspendre complètement » l’enrichissement, ce qui signifie qu’il lui faudrait arrêter temporairement cette activité.
Les négociations officielles prévues dureraient « jusqu’à six mois », selon les diplomates cités par Reuters, au cours desquels cet arrêt de l’enrichissement devrait être maintenu.
Les remarques du secrétaire Hosseini impliquent que l’Iran s’engageait à seulement six semaines de gel de ses activités nucléaires et non à une réelle suspension de l’enrichissement comme il est requis pour l’ouverture de négociations formelles.
Mais les commentaires de M. Mottaki lors d’un déjeuner avec les journalistes à la mission iranienne à New York, suggèrent que les Iraniens pourraient être prêts à aller plus loin.
M. Mottaki a déclaré qu’il y avait suffisamment de points communs entre la proposition de M. Solana au nom des 5 +1 et celles de l’Iran pour les négociations, pour servir de base aux pourparlers. Cette remarque, parallèlement aux propos non attribués signalés par l’ISNA ce lundi, suggèrent que l’Iran s’apprêterait à entrer dans des négociations sur le fond. En outre, M. Mottaki n’a pas de réitéré les habituelles déclarations iraniennes selon lesquelles l’enrichissement est un droit légitime de l’Iran, bien qu’il ait été interrogé à maintes reprises sur ce point.
Une autre indication du désir de l’Iran de tirer avantage de toute ouverture diplomatique dans une période où les menaces de Washington et de Tel-Aviv s’accroissent, a été fournie par les déclarations de M. Ali Akbar Velyati, un haut conseiller politique étrangère de Khamenei : « Les Américains voulaient que l’Iran n’accepte pas [les propositions de] Solana. Par conséquent, nos intérêts impliquent que nous devrions les adopter. »
Publication originale Anti War, traduction Contre Info
Illustration : M. Gholam-Reza Aghazadeh

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