Dimanche 11 janvier 2009
Une chronique parue dans l'Humanité du 29 décembre 2008, signée du sociologue Jean-Claude Paye

L’affaire de Tarnac : un ordre psychotique

Réflexion sur le fonctionnement de l’accusation de terrorisme.

Le 11 novembre 2008, dans le cadre de l’opération « Taïga », cent cinquante policiers encerclaient le petit village de Tarnac, en Corrèze. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de dix jeunes gens était avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi.

Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotage de lignes de la SNCF, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants - l’arrachage de plusieurs caténaires - ont été qualifiés de « terroristes » alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. L’accusation, qui dit disposer de nombreux indices, reconnaît n’avoir aucun élément matériel de preuve.

C’est le profil des jeunes interpellés qui justifie leur mise en examen. Ils ont été arrêtés parce qu’« ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers », et que nombre d’entre eux « participaient de façon régulière à des manifestations politiques », par exemple « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». Quant à leur logement, il est désigné comme « un lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ».

Bien qu’accusés de constituer le « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armée », ils seront rapidement libérés, certains sous condition, d’autres assignés à résidence. Seul le « chef » et sa compagne resteront emprisonnés. Ce 26 décembre, la cour d’appel de Paris a, à la requête du parquet, annulé l’ordonnance de mise en liberté de Julien Coupat. La demande de libération de sa compagne avait été préalablement rejetée.

Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotage, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de « terroristes », et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, bien que la police reconnaisse l’absence de tout élément matériel de preuve. L’image du terrorisme érigée par le pouvoir crée un réel qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niés, mais toute capacité explicative leur est déniée. Les actes de sabotage ne peuvent être que le fait de personnes désignées comme terroristes. L’acte de nommer, antérieur à toute procédure d’évaluation objective, renverse celle-ci et l’enferme dans une forme vide.

L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de la ministre de l’Intérieur, Mme Alliot-Marie, est particulièrement intéressante : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens, qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de traces d’attentat contre des personnes. »

Ces déclarations résument bien l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute-puissance de l’État.

Dans ces déclarations, la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre une phase de délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle de « documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares ». Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer.

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phénomène qui révèle une mutation profonde de l’ordre symbolique de la société.

Le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique expliquent l’absence de frein opposé à la toute-puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle.

À un ordre social qui se révèle contradictoire se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation avec le réel.

source : http://www.humanite.fr/2008-12-29_Tribune-libre_L-affaire-de-Tarnac-un-ordre-psychotique

merci à SORMIOU du forum des insoumis :)

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publié par roland (Dazibaouebmaster) le 08/01/2009 15H21

par Françoise Simpère

TerroristeJe croyais être une femme aimable et sans histoires, sans     risque d’être soupçonnée du moindre délit, je suis même incapable de voler quoi que ce soit. (J’ai essayé à 14     ans, j’ai piqué un paquet de kleenex au Prisunic, suis sortie sans encombres du magasin… et suis revenue une minute plus tard remettre les mouchoirs en place, incapable de voler. On n’est     pas fille de juge pour rien. (à propos de juge, mon père voulait être au siège, garant de l’indépendance des magistrats, alors que ceux du Parquet sont sous la dépendance hiérarchique du garde des sceaux. Remplacer les juges d’instruction par des magistrats du Parquet comme le souhaite NS n’a donc rien d’anodin, ce n’est pas qu’une simplification ou une réforme administrative, mais nous en reparlerons, je digresse…)
    Et puis, je suis tombée sur le rapport des RG au sujet de Julien Coupat, emprisonné depuis novembre comme chef présumé d’une cellule terroriste de la mouvance ultra-gauche-anarcho-libertaire qui hante les nuits de MAM tandis que sa collègue Christine Lagarde, qui trouve que le froid est une aubaine pour les soldes, rêve du petit manteau sur lequel elle va craquer …   

   
    Julien Coupat a été un brillant étudiant :
moi aussi ! Il a signé la pétition contre le fichier Edvige : moi aussi ! Il est     contre le fichage ADN systématique : moi     aussi ! Il vit en « communauté » avec des activistes : j’ai vécu 9 ans en ville et 6 ans à la campagne dans des communautés bourrées de militants. Il n’a pas de téléphone mobile, signe selon les RG d’une manœuvre pour éviter de se faire repérer :     j’en ai un, qu’on me reproche de laisser trop souvent fermé, et je refuse le passe Navigo parce qu’il permet     de suivre n’importe qui à la trace. (« Qu’est-ce ça peut te faire si tu as la conscience tranquille ? Par principe. Surtout que cette société basée sur la défiance et la délation du citoyen lambda, n’empêche nullement les traders fous de claquer des milliards qu’ils n’ont pas ni un Madoff de faire la plus grosse escroquerie de tous les temps)  

    Julien Coupat participe à la vie de son village et fréquente son bistrot : moi aussi, j’adore     passer du temps dans les cafés,  parler à des inconnus, et j’ai un ami qui écrit des livres sur les cafés. (Bars du monde, lien à     gauche). Julien Coupat a jeté dans une corbeille publique l’emballage d’une lampe frontale, et on a     retrouvé cette lampe dans sa voiture : moi aussi, quand je déballe un objet dans la rue, je jette l’emballage dans une corbeille plutôt que par terre, et on retrouve l’objet chez moi ou dans ma voiture, je ne sais pas comment faire autrement pour éviter ce geste éminemment soupçonnable. Julien Coupat était à Vichy lors du sommet organisé par Brice Hortefeux qui s’est terminé     par une manif comme les Vichyssois n’en ont pas l’habitude : j’y étais aussi, et j’ai dû     franchir un cordon de CRS pour prendre le train me ramenant à Paris ! Julien Coupat lit des     journaux et livres subversifs : moi aussi. Le Monde Libertaire, le site Bellaciao et INVENTERRE (lien à gauche), les livres de Chomsky, les publications     d’ATTAC et bien d’autres.  

    Julien Coupat est anticapitaliste et pense qu’il faudrait saboter ce système : moi aussi, je pense     qu’un système qui creuse les inégalités, engendre la misère, favorise la violence, saccage la planète, ne pense qu’en termes marchands, a peur des pauvres, se méfie des intellectuels, entretient le racisme et les haines communautaristes, organise l’évasion fiscale, qu’un système qui a réussi à faire du commerce des armes et de la drogue deux des trois plus gros marchés du monde (le 3è étant soit l’énergie, soit la prostitution selon les analyses) et des réseaux maffieux des interlocuteurs obligés de nombre de pouvoirs, que ce système là, donc ne rend aucunement les gens heureux et qu’il faut en inventer un autre.
   
Que faute de pouvoir le détruire d’une pichenette- car un si lourd cargo a une force d’inertie considérable, on peut le saboter de l’intérieur en vivant différemment, en se tenant à l’écart de ses arrogances et de ses égoïsmes, en essayant de construire « à côté » des îlots d’activités et de relations plus harmonieuses où le bonheur n'est pas confondu avec la consommation.
C’est ce que fait Julien Coupat, diplômé de l’ESSEC, qui après avoir eu tout loisir     d’analyser ce système capitaliste a décidé de vivre « autrement ». C’est cela le     sabotage qu’on lui reproche, puisqu’il n’y a aucune preuve tangible qu’il ait saboté des caténaires de la SNCF, et que par ailleurs, assimiler les retards de trains occasionnés à du terrorisme quand on ne sourcille pas devant les massacres quotidiens que suscitent les ambitions politiques des uns et des autres sur la planète est pour le moins exagéré. Le sabotage     du système qu’on lui reproche, c’est son indignation devant un monde qu’il ne souhaiterait pas léguer aux     enfants qu’il n’a pas encore. J’ai la même.  

   
    Je suis donc une terroriste et ne le savais pas.  Je change souvent d’apparence, me déguise en femme du monde ou en cueilleuse d’oursins, fricote avec des chimpanzés, rigole jusqu’à tard le soir avec des individus qui ont l’air gais, j’aime bien les gays aussi. Tout ceci est louche et je ne le savais pas.


Source: Inventerre
Par DR - Publié dans : surveillance - big brother
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