Jeudi 8 janvier 2009
07 janvier 2009

Comme le démontrent les photos qui suivent, Israël lance des bombes au phoshore, d’une part, et à fragmentation, d’autre part, sur Gaza…
La première de ces photos a été publiée en première page de l’International Herald Tribune daté du 5 janvier 2009.

IHT. 5 janvier 2009. Photo de bombe à fragmentation lancée par Israël sur Gaza

Un examen attentif (voir détail ci-dessous) permet de compter 89 petites bombes anti-personnel, dont tout indique qu’elle sont au phosphore.

IHT. 5 janvier 2009. Photo de bombe à fragmentation lancée par Israël sur Gaza (détail)

Cette photo, curieusement, n’est pas ou n’est plus sur le site du New York Times dont l’IHT est la reprise internationale. Désormais, l’article en question (Israeli ground invasion cuts Gaza in two, by Ethan Bronner, Published: January 4, 2009) est illustré par la photo, moins gênante [1], d’un char en train de tirer.

Char israélien tirant sur Gaza

 

Source : International Herald Tribune. Photo Sebastian Scheiner/The Associated Press. http://www.iht.com/articles/2009/01/04/mideast/gaza.php

Il reste cependant sur le site du New York Times d’autres photos apportant la preuve qu’Israël bombarde Gaza avec les deux types de bombes, au phosphore et à fragmentation.

Voici les traces aériennes de deux bombes au phosphore…

IHT. Photo de bombes à fragmentation lancées par Israël sur Gaza

Source : The New York Times. Photo Khalil Hamra – Associated Press http://www.nytimes.com/slideshow/2009/01/04/world/20090104-GAZA_index.html

Autre exemple de bombe au phosphore tirée samedi dernier au nord de la bande de Gaza (photo prise du côté israélien)

Bombe au phosphore tirée au nord de la bande de Gaza
Photo Bernat Armangue/Associated Press

Et, pour ceux qui croiraient encore au caractère « propre » des armes « intelligentes », voici un impact de bombe à fragmentation dans un mur d’école, à Gaza.

NYT. Impact d'un engin à fragmentation sur un mur d'école de Gaza

Source : New York Times. Photo Suhaib Salem - Reuters
http://www.nytimes.com/slideshow/2009/01/06/world/0106-GAZA_4.html

Alexandre Stärker, l’un de mes correspondants, semble avoir été le premier à s’étonner que l’article du NYT-IHT ne dise rien de la nature de la bombe dont l’explosion avait été photographiée et mise à la une du journal, en raison de sa seule « beauté ». Selon toute probabilité, les 89 petites bombes qu’on distingue recourent au phosphore, rouge ou blanc . Les particules qu’elles envoient, brûlent  en principe, pendant environ 48 heures sans qu’on puisse les éteindre ni avec de l’eau, ni avec du sable,. Ces bombes produisent par ailleurs une fumée blanche suffocante très repérable sur la photo. On s’en sert comme écran de fumée et comme arme incendiaire.
Les armes à fragmentation, elles, dispersent des grappes explosives de milliers de projectiles qui font plus de dégâts par leur vitesse que par leur taille. La dispersion peut se faire en l’air, au sol, après rebond, etc. En outre, les sous-munitions n’explosent pas forcément et restent prêtes à exploser lors du retour des habitants après le conflit.
N.B. La sous-munition BLU-3 américaine ci-contre (source Wikipedia) contient contient 180 g d’explosif et 200 granules en acier.
Exemple de sous-munition BLU-3 américaine dispersée par une bombe à fragmentation

Il est vrai qu’Alexandre Stärker [2] a quelque expérience en la matière pour avoir participé, dans les années 70, à un programme militaire d’élaboration d’armes de ce type, au phosphore et à fragmentation. Les laboratoires étaient en Europe, les essais furent faits en Méditerranée. L’idée, à l’époque, dans le contexte de la guerre froide, était que, en cas d’avancée des troupes soviétiques en Europe, de telles armes seraient une solution plus « propre » que la bombe atomique. La « propreté » dont il s’agit est donc toute relative.

Est-ce un progrès ? On peut en douter car la discrétion des armes à fragmentation a permis d’en généraliser la fabrication et l’usage : 14 pays les ont utilisées (Arabie saoudite, Érythrée, Etats-Unis, Éthiopie, France, Géorgie, Israël, Maroc, Nigeria, Pays-Bas, Russie, Soudan, Sri Lanka, Tadjikistan, Royaume-Uni), 28 pays en produisent, 75 pays en sont armées.

Or leurs effets sont désastreux sur les populations civiles. Les guerres contemporaines se font dans les zones habitées, alors même que de telles armes « arrosent » sans discernement. En outre, elles laissent derrière elles un tel nombre de sous-munitions non explosées que le danger pour les populations civiles est, depuis une dizaine d’années, supérieur à celui que représentent les champs de mines. Quant aux bombes à phosphore, elles sont été utilisées comme armes incendiaires antipersonnel par l’armée américaine en Irak, contre les “insurgés” de Fallujah. L’armée israélienne s’en est servie de la même manière au Sud Liban, les protestations des organisations humanitaires manifestant clairement qu’elles ne concernaient pas que des combattants.

Il ne s’agit pas là de « dommages collatéraux » mais de résultats voulus.

En septembre 2006, David Shearer, responsable de l’Office de coordination de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHA), expliquait qu’Israël avait largué au moins 350.000 bombes à fragmentation sur le Sud Liban, principalement pendant les derniers jours de sa guerre contre le Hezbollah, alors que « à ce stade, le conflit était en grande partie réglé par la résolution 1701 de l’ONU ». (http://www.lebanonundersiege.gov.lb/french/F/eNews/NewsArticle.asp?CNewsID=409)

Tuer autant qu’on peut, nettoyer le territoire, terroriser la population, voilà les objectifs de tels bombardements. L’horreur qui a saisi la communauté internationale à la vue de ce qu’Israël avait fait au Sud Liban a été pour beaucoup dans la préparation (février 2007 à Oslo), la rédaction (mai 2008 à Dublin) puis la signature (3-4 décembre 2008 à Oslo) d’un traité international interdisant les armes à sous-munitions. 107 pays s’y sont ralliés, dont les membres de l’Union européenne, mais pas les États-Unis, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Inde, l’Iran, le Pakistan et, bien entendu, Israël qui, depuis le cessez-le-feu, préparait son offensive sur Gaza.

Ethnocide, avec l’appui de l’administration Bush finissante ? Sans nul doute. C’est la loi du plus fort, jouée de la façon la plus brutale, la plus inhumaine et la plus obstinée.
Le gouvernement israélien avait-il d’autres options ? Oui.
Le reste n’est qu’oraisons funèbres.

Notes

[1] « Moins gênante » parce que, hors contexte, on peut supposer que le char en question tire sur l’armée adverse. Il se trouve ici qu’il tire sur la capitale d’un territoire ayant une densité moyenne de 4.166 hab./km². En supposant que les 300.000 Gazaouis en état de porter des armes (sur 1,5 millions d’habitants) soient tous combattants (ce qui est évidemment exagéré), cela veut dire que les victimes de tels tirs sont, à 80%, des civils.
Cf. le témoignage photographique : « The other side of the Story ! »
http://palestinian.ning.com/forum/topics/the-other-side-of-the-story qu’en donne Nahida sur le site Palestinian Mothers.Wounded child in Gaza

Elle y met en relation les photos dont elle dispose (celle-ci est la plus douce) sur l’effet des bombardements à Gaza (au 31 décembre 2008) et sur celui des Kassam tirés à partir de Gaza sur le côté israélien.

Même en complétant ces images par les vidéos (1490 !) diffusées sur YouTube concernant, par exemple, la ville de Sderot, on n’a pas de doutes sur la totale absence de proportion entre les attaques menées de part et d’autre.

À ce propos, signalons que Sderot (Sderout – Shderot), est une ville israélienne de 20.000 habitants à 4 km de la bande de Gaza. Elle est bâtie sur les terres et les ruines du village palestinien de Najd, dont les habitants ont été chassés en 1948.
Les missiles qu’elle reçoit font assez peu de victimes (relativement à ce qu’on voit de l’autre côté de la frontière) mais sont suffisants pour créer une insécurité telle que près de 50% de la population israélienne a fui les lieux (selon le témoignage d’un habitant de Sderot qui blogue avec un ami étudiant palestinien, lequel habite Sajaia, un camp de réfugiés dans la bande de Gaza : http://gaza-sderot.blogspot.com/).
Or, quelques 500 habitants de Sderot (2,5% de la population) ont signé une pétition en hébreu (http://www.othervoice.org/cgi-bin/petition1.pl/) dont l’Union Juive française pour la Paix propose le résumé – traduction suivant http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=464 :
Position de Sderot par rapport à la bande de Gaza« La pétition commence par la reconnaissance du succès du cessez-le-feu (ce cessez-le-feu que la propagande [Hasbara] sioniste disait ne pas marcher, comme s’ils s’en souciaient !)
La période de calme change de façon inimaginable les vies des habitants de Sderot, Ashkelon et de la région, nous permettant de retrouver une vie saine et normale. La poursuite de ce calme est essentielle et critique pour les habitants de la région, de tous points de vue : physique, mental, spirituel et économique.
Un autre round d’escalade pourrait casser notre moral déjà fragile, et nous conduire à un nouveau cycle d’auto-destruction et de carnage absurde. Nous ne sommes pas sûrs d’y survivre. Et vous devez le réaliser si vous êtes vraiment soucieux des habitants de cette région. On connaît le film depuis trop d’années, et les résultats parlent d’eux-mêmes : Sentiment d’être piégés, abandon et désespoir pour nous et nos enfants!
La pétition se poursuit par :
De l’autre côté de la frontière vivent un million et demi de Palestiniens dans des conditions insupportables, et la plupart veulent, comme nous, le calme et la chance d’un futur pour eux-mêmes et leurs familles.
Nous vivons avec le sentiment que vous avez gâché cette période de calme, au lieu de l’utiliser pour conclure des accords et commencer des négociations, et pour fortifier comme promis des maisons des habitants.

Nous appelons le Premier Ministre et le Ministre de la Défense à ne pas écouter les voix de la provocation et de faire tout ce qu’ils peuvent pour éviter une autre vague d’escalade, d’assurer la poursuite du calme et de travailler à des négociations directes ou indirectes avec la direction palestinienne de Gaza pour des accords à long terme. Nous préférons une guerre froide sans une seule roquette à une guerre ouverte avec des dizaines de victimes et de morts innocentes des deux côtés.
Nous vous demandons de nous offrir la possibilité de l’espoir et d’un arrangement politique et pas d’un cycle sanglant sans fin. »

Cette pétition circule en Israël depuis le 11 novembre 2008.
Syndrome de Stokholm ? http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Stockholm   Il y a de cela, mais de qui ces Israéliens sont-ils les otages ?

[2] Citoyen du monde, Alexandre Stärker est l’auteur de « Transcivilisation », un essai sur l’impact du Proche-Orient sur l’évolution des civilisations (2007, 556 p.) et de nombreux articles de réflexion stratégique orientés vers le rétablissement de la paix et des grands équilibres internationaux.

 http://metalogie.blog.lemonde.fr/2009/01/07/des-bombes-a-fragmentation-sur-gaza/

Par DR - Publié dans : LES CRIES DU BAS
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