Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde du 1er octobre, et intitulée « Les démocraties face au terrorisme », Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, développe sa pensée. Et, pourrait-on dire, tous les poncifs de la doxa sécuritaire face à l’islamisme et au terrorisme.
« Le terrorisme est l’ennemi commun des démocraties. L’islamisme radical n’est certes pas le seul en cause, il demeure toutefois une priorité. Depuis plus de six ans, comme ministre de la défense puis de l’intérieur, j’en ai suivi les modalités, les évolutions et hélas les manifestations. Certaines réalités ne sont pas inutiles à rappeler. »
Le terrorisme, « un ennemi commun » ? Qu’y a-t-il de commun entre Al-Qaida, l’ETA basque, les Tigres tamouls ? En réalité, le seul ennemi, dans l’esprit de la ministre, c’est bien l’islamisme radical.
« La première est que la France est une cible potentielle, car ses valeurs : liberté, tolérance, respect des femmes, laïcité, droits de l’homme, sont en opposition avec celles de l’intégrisme. Elle n’est pas plus menacée que d’autres : ces dernières années ont vu plus d’attentats dans les pays musulmans qu’en Europe. Elle ne l’est pas moins : le démantèlement de réseaux et les arrestations d’islamistes sur notre sol le montrent. »
C’est une reprise sans aucune nuance du discours du président Bush : « ils » nous haïssent non pas à cause de notre politique, mais à cause des valeurs que nous représentons. A quoi Oussama Ben Laden répondait en substance que, si sa haine était dirigée en priorité contre la démocratie et les libertés, son principal objectif serait la Suède, et non les Etats-Unis. Ce type de raisonnement américain, repris par la ministre, a pour avantage (si l’on peut dire) qu’il dispense de toute réflexion sur les effets de la politique américaine ou occidentale dans le monde musulman.