A la fin de l'année dernière, le Congrès a accédé à la demande du président Bush destinée à financer une importante augmentation des opérations secrètes
contre l'Iran, selon des sources actuelles et anciennes de l’armée, des services de renseignements et au Congrès. Ces opérations, pour lesquelles le président a demandé jusqu'à quatre
cent millions de dollars, ont été décrites dans un Presidential Finding (ndt : document présidentiel) signé par Bush, et sont destinées à déstabiliser le gouvernement religieux du
pays.
Photo: Simon James : Une fresque sur le mur de l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, à présent appelé "la tanière des espions" par les Iraniens
Les actions clandestines impliquent un soutien aux groupes minoritaires arabes, les Ahwazi et les Baluchi et à d'autres organisations dissidentes. Elles comprennent également la
collecte de renseignements sur le supposé programme d’armes nucléaires iranien.

Les opérations clandestines contre l'Iran ne sont pas neuves. Depuis l'année dernière, les Forces d'opérations spéciales américaines ont mené des opérations transfrontalières depuis
le sud de l'Irak, avec l'autorisation du Président. Celles-ci comprenaient la capture de membres d'Al Qods, la branche des commandos de la Garde Révolutionnaire iranienne, afin de
les emmener en Irak pour les interroger et la poursuite d’"objectifs de grande valeur" dans la guerre contre le terrorisme du Président qui ont été capturés ou tués.
Mais l'ampleur et la portée des opérations en Iran qui impliquent la Central Intelligence Agency et la Joint Special Operations Command (JSOC), ont été considérablement élargies,
selon les actuels et anciens responsables. Nombre de ces activités ne sont pas précisées dans le nouveau Presidential Finding et certains dirigeants du Congrès ont eu de
sérieux doutes quant à leur nature.
Selon la loi fédérale, un Finding, qui est extrêmement secret, doit être délivré lorsque une opération clandestine des services de renseignements est en cours et doit, au minimum,
être porté à la connaissance des dirigeants démocrates et républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat et aux membres hauts placés de leurs commissions respectives de
renseignements - ce que l'on appelle la Bande des Huit.
L'argent pour l'opération peut alors, selon le besoin, être réaffecté de leurs précédentes attributions par les commissions du Congrès concernées, qui peuvent aussi être
informées.
"Le Finding portait sur une attaque contre les ambitions nucléaires de l'Iran et une tentative de fragilisation du gouvernement par un changement de régime," a déclaré une
personne qui connaît son contenu et qui est impliquée dans le «travail avec des groupes d'opposition et le transfert d'argent."
Le Finding subvenait aux besoins d’une nouvelle gamme d'activités dans le sud de l'Iran et dans des régions à l'est, où l’opposition politique Baluchi est forte, a-t’elle
ajouté.
Selon cette source, bien que certains hommes politiques fussent préoccupés par certains aspects du Finding, et "qu’il y ait eu un certain nombre de discussions à un niveau élevé" sur
le sujet, le financement a été approuvé.
En d'autres termes, certains membres de la direction des Démocrates (le Congrès est sous le contrôle des Démocrates depuis les élections de 2006) étaient prêts, en secret, à se
rallier à l'Administration dans le développement d’activités clandestines en Iran, alors que le candidat présumé à la présidence, Barack Obama, déclarait qu'il privilégiait des
négociations directes et la diplomatie.
La demande de financement a eu lieu au moment où l'administration recevait l’Estimation des Services de Renseignements (ESR), publiée en Décembre, qui concluait que l'Iran avait mis
fin à ses travaux sur les armes nucléaires en 2003.
L'Administration a minimisé l'importance de l’ESR et, en disant qu'elle était engagée dans la diplomatie, elle a continué à insister sur le fait qu'une action urgente était
indispensable pour contrer la menace nucléaire iranienne.
Le président Bush a mis doute les conclusions de l’ESR et de hauts responsables à la sécurité nationale, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates et le secrétaire d'État
Condoleezza Rice ont fait des déclarations similaires. (Ainsi que le sénateur John McCain, le futur candidat républicain à la présidence.)
Pendant ce temps, l'Administration a également ressorti les accusations d'implication des dirigeants iraniens dans l'assassinat de soldats américains en Irak: que ce soit
directement, en envoyant des unités de commandos en Irak, et indirectement, par la fourniture de matériels utilisés pour les bombes de bords de routes et d'autres matériels mortels.
(Il y a eu des questions quant à l'exactitude des affirmations, le Times, entre autres, a indiqué que "des incertitudes subsistaient quant à l'ampleur de cette
participation».)
Des responsables militaires et civils au Pentagone ont fait part à la Maison Blanche de leurs inquiétudes au sujet des ambitions nucléaires de l'Iran, mais il existait des désaccords
quant à savoir si une attaque militaire était la bonne solution. Certains responsables du Pentagone pensaient, comme ils l’avaient fait savoir au Congrès et aux médias, qu’un
bombardement de l'Iran n'était pas une réponse viable à la question de la prolifération nucléaire et que plus de diplomatie était nécessaire.
Un sénateur démocrate m'a dit qu’à la fin de l'année dernière, lors d’une réunion-déjeuner confidentielle, le secrétaire à la Défense, Gates, a rencontré le comité électoral
des Démocrates au Sénat. (Ces réunions sont organisées régulièrement.) Selon le sénateur, Gates a alerté sur les conséquences d’une frappe préventive de l'Administration Bush
contre l'Iran, en disant : «Nous allons créer des générations de jihadistes, et nos petits-enfants se battront contre nos ennemis ici en Amérique."
Les commentaires de Gates ont stupéfait les Démocrates au déjeuner et un autre sénateur a demandé si Gates parlait au nom de Bush et du vice-président Dick Cheney. La réponse de
Gates, m’a dit le sénateur fût : "Disons que je parle ici en mon nom" (Un porte-parole de Gates a confirmé qu'il avait abordé les conséquences d'une frappe lors de à
la réunion, mais qu’il n’aborderait pas ce qu’il a dit, en dehors de contester l’interprétation des propos du sénateur.)
Le Comité des Etats-Majors Interarmes, dont le président est l'amiral Mike Mullen, «repoussaient fortement la pression de la Maison-Blanche destinée à entreprendre une
frappe militaire contre l'Iran, m’a déclaré la personne qui connaît bien le Finding. De même, un consultant du Pentagone qui est impliqué dans la guerre contre le terrorisme a
déclaré qu'"au moins dix contre-amiraux et généraux, dont des commandants de combat (des généraux d’armée qui dirigent des opérations militaires dans le monde) "ont pesé sur cette
question».
Le plus critique de ces officiers est l'amiral William Fallon, qui, jusqu'à récemmen,t était le chef du Commandement central américain, et donc en charge des forces américaines
en Irak et en Afghanistan.
En Mars, Fallon a démissionné sous la pression, après avoir donné une série d'interviews indiquant ses réserves au sujet d’une attaque armée contre l'Iran. Par exemple, à la
fin de l'année dernière, il a déclaré au Financial Times que le "véritable objectif de la politique américaine était de changer le comportement des Iraniens et que "les attaquer
comme un moyen d’y arriver ne me semble pas être la meilleure solution."
L'amiral Fallon a reconnu, quand j’ai parlé avec lui en Juin, qu'il avait entendu dire qu’il y avait des gens à la Maison Blanche qui avaient été bouleversés par ses déclarations
publiques. «Trop de gens pensent que vous devez être pour ou contre les Iraniens», m’a t-il dit. "Soyons sérieux. Il y a quatre-vingt millions de personnes qui y vivent
et ce sont tous des individus. L'idée selon laquelle il n’y a qu’une façon ou une autre n'a pas de sens."
Quant à la guerre en Irak, Fallon dit : «J’ai râlé au sujet des choses qui étaient proposées? Tu parles. Certaines d'entre elles étaient très stupides."
L’accord de la direction des Démocrates sur l’engagement de centaines de millions de dollars pour effectuer plus d'opérations secrètes en Iran était marquante, compte tenu des
préoccupations de responsables comme Gates, Fallon, et bien d'autres. "Le processus de contrôle n'a pas été tenu au courant : il a été détourné" par l'administration, a
déclaré la personne qui connaît bien le contenu du Finding. "Le processus est rompu et nous avons autorisé des choses dangereuses."
Des hauts responsables Démocrates au Congrès m'ont dit qu'ils étaient inquiets de la possibilité que leur compréhension des nouvelles opérations soit différente de celle de la Maison
Blanche.
Selon la personne qui le connait, l’un des sujets concerne une référence du Finding à une possible action défensive mortelle menée par des agents américains en Iran. (Au début
du mois de Mai, le journaliste Andrew Cockburn a publié des éléments du Finding dans Counterpunch, un bulletin d'information et un magazine sur internet.)
Le texte a été inséré dans le Finding à l'instigation de la CIA, selon un ancien haut fonctionnaire des services de Renseignements. Les opérations secrètes présentées dans le Finding
sont effectuées pour l’essentiel simultanément à des opérations d'une mission secrète de l’armée actuellement en Iran, qui est sous le contrôle du JSOC.
Selon l’interprétation de la Loi de l'Administration Bush, les opérations secrètes de l’armée, contrairement à celles de la CIA, n'ont pas besoin d'être décrites dans le Finding,
parce que le Président a un droit constitutionnel pour commander les forces de combat sur le terrain sans ingérence du Congrès.
Mais les frontières entre les opérations ne sont pas toujours claires: en Iran, les agents de la CIA et les alliés régionaux ont des compétences linguistiques et des
connaissances locales permettant d’établir des contacts pour les agents du JSOC et ils ont travaillé avec eux pour envoyer du personnel, du matériel et de l'argent en Iran depuis une
base obscure située à l'ouest de l'Afghanistan.
En conséquence, il n’a été donné au Congrès qu’une vue partielle de la façon dont l'argent pour lequel il donnait son accord serait utilisé. L'une des missions des agents du
JSOC, la poursuite des "objectifs de grande valeur," n'était pas directement abordée dans le Finding.
De plus en plus, certains hommes politiques réalisent que l'administration Bush, au cours des dernières années, a mélangé les opérations de renseignements aux opérations militaires
afin d'éviter que le Congrès soit totalement informé sur ce qu'elle faisait.
«C'est une grosse affaire," dit la personne qui connaît le Finding. "La CIA avait besoin du Finding pour effectuer ses affaires traditionnelles, mais le Finding ne
s’appliquait pas au JSOC. Le Président a signé un décret après le 11 Septembre qui donnait au Pentagone l’autorisation de faire des choses qu’il n'avait jamais été en mesure de faire
avant sans en aviser le Congrès. L’excuse était que l'armée «préparait l'espace du combat, et en utilisant ce terme, ils ont réussi à contourner le contrôle du Congrès. Tout est
justifié en termes de lutte dans la guerre mondiale contre le terrorisme».
Il a ajouté : «L'Administration a brouillé les frontières : elle utilise souvent une zone de gris" - entre les opérations dont la haute direction du Congrès doit être informée et
celles qui n'ont pas à l’être", mais maintenant c'est une purée de pois."
"L'agence dit que nous n'aurions pas été en position d'aider à tuer des gens sans le Finding," m'a dit l'ancien haut fonctionnaire du renseignement. Il faisait référence à la
menace juridique qu’affrontent certains membres de l’agence pour leur implication dans la reddition et la torture de suspects dans la guerre contre le terrorisme. "Cela a poussé
les militaires dans le mur», a-t-il dit.
Quant à la C.I.A., a déclaré l'ancien haut fonctionnaire du renseignement, "l'ensemble de l’autorisation comprend le meurtre, mais c'est quand même pas pour ça qu’ils l’ont
présenté. Il s'agit de recueillir des informations, d’obtenir des soutiens." Le Finding présenté au Congrès était un compromis fournissant une couverture à la CIA tout en
faisant référence à l'utilisation de la force meurtrière dans des termes ambigus.
Le langage défensif-meurtrier a conduit certains Démocrates, selon des sources au Congrès au courant de leurs opinions, à appeler le directeur de la CIA et le Général Michael V.
Hayden de l'armée de l'air pour une réunion d'information spéciale.
Hayden a rassuré les hommes politiques en disant que le langage utilisé ne servait qu’à fournir une autorisation aux membres des Forces Spéciales sur le terrain en Iran de tirer s’ils
étaient capturés ou en mauvaise posture.
Les hommes politiques étaient loin d'être convaincus. Un membre du Congrès a ensuite écrit une lettre personnelle au Président Bush, en insistant sur le fait qu’"aucune action ou
époque mortelle" n’avait été autorisée à l’intérieur des frontières de l’Iran. En Juin, il n'avait reçu aucune réponse.
Par le passé, des membres du Congrès ont exprimé leur scepticisme sur les renseignements fournis par la Maison Blanche.
Le 15 Mars 2005, David Obey, à l’époque un Démocrate de premier plan travaillant dans la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, dirigée par les Républicains,
qui approuve les dépenses, avait annoncé qu'il mettait de côté un amendement qu'il avait l'intention de présenter ce jour-là et qu’il couperait tous les financements du programme des
Renseignements jusqu’à ce que le Président accepte de tenir le Congrès pleinement informé des actions militaires secrètes menées dans la guerre contre le terrorisme.
Il a changé d'avis, a-t-il dit, parce que la Maison Blanche avait promis une meilleure coopération. "Le pouvoir exécutif comprend que nous ne cherchons pas à dicter ce qu'ils
doivent faire», avait-il déclaré à l'époque dans un discours. "Nous essayons tout simplement de faire en sorte que ce qu'ils font est compatible avec les valeurs américaines
et que cela ne met pas le pays en difficulté."
Obey a refusé de commenter les détails des opérations en Iran, mais il m’a dit que la Maison-Blanche était revenue sur sa promesse de consulter plus en détail le Congrès. Il a dit :
"Je pense qu'il y a quelque chose en cours, mais je ne sais pas que croire. Cheney a toujours voulu attaquer l'Iran, et s'il avait plus de temps, il trouverait un moyen de le
faire. Nous n’avons toujours pas suffisamment d'informations de la part des agences et j'ai très peu confiance dans les informations qu’elles nous donnent."
Aucun des quatre Démocrates dans la Bande des Huit – le chef de la majorité au Sénat, Harry Reid, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, le
président de la Commission aux Renseignements du Sénat, John D. Rockefeller IV et le président de la Commission aux Renseignements de la Chambre des Représentants, Silvestre
Reyes – n’a fait de commentaires sur le Finding, et certains font remarquer que c’est classé secret.
Un collaborateur d’un membre de la direction des Démocrates a répondu, en son nom, en soulignant les limites de la Bande des Huit. Une notification d'un Finding, a déclaré le
collaborateur, "est juste une notification et pas une annonce d’actions. La supervision des activités de renseignements en cours est faite par un exposé complet aux membres de la
Commission aux Renseignements."
Toutefois, le Congrès n'a pas les moyens de contester la Maison Blanche lorsqu’elle présente un Finding. Il a le pouvoir de suspendre le financement de toute opération du
gouvernement.
Les membres de la Chambre des Représentants et la direction des Démocrates au Sénat qui ont accès au Finding peuvent aussi, s'ils le veulent et s'ils sont inquiets, trouver des moyens
d'exercer leur influence politique auprès de l'administration. (Un porte-parole de la CIA a déclaré : «En règle générale, nous ne commentons pas d’une manière ou d'une autre les
allégations d'actions secrètes ou des prétendues conclusions." La Maison Blanche s’est également refusée à tout commentaire.)
Un membre de la Commission des Finances de la Chambre des Représentants a reconnu que, même avec une victoire des Démocrates en Novembre, "il faudra un an avant de reprendre le
contrôle des activités des services de renseignements." Il a ajouté ; "Nous contrôlons l'argent et ils ne peuvent rien faire sans l'argent. L'argent, c’est la clé. Mais je
suis très méfiant au sujet de cette administration." Il a ajouté: «Cette administration a été tellement secrète."
Une ironie ans le départ de l'Amiral Fallon, c’est qu'il était, dans de nombreux domaines, en accord avec le Président Bush sur la menace posée par l'Iran.
Ils avaient une bonne relation de travail, m’a dit Fallon et, quand il dirigeait CENTCOM, ils étaient régulièrement en contact. Le 4 Mars, une semaine avant sa démission, Fallon avait
témoigné devant la Commission des Services Armés du Sénat, en disant qu’il était "encouragé" par la situation en Irak et en Afghanistan.
En ce qui concerne le rôle joué par les dirigeants iraniens, il avait déclaré : "Ils ont été absolument inutiles, très préjudiciables, et je ne tolère absolument pas aucune de
leurs activités. Et depuis que je suis dans ce métier, j'attends encore de voir des actions publiques de l'Iran qui soient utiles à cette région.
Fallon a précisé dans nos conversations qu'il estimait qu'il n’était pas approprié de faire publiquement des commentaires sur le Président, le Vice-Président, ou sur des opérations
spéciales. Mais il a dit qu'il avait entendu que des gens à la Maison Blanche avaient "combattu" son point de vue sur l'Iran.
"Quand je suis arrivé au CENTCOM, les Iraniens finançaient chaque entité en Irak. C’était dans leur intérêt que nous partions et donc ils ont décidé de tuer autant d'Américains
que possible. Et pourquoi pas? Ils ne savaient pas ce qui en ressortirait mais ils voulaient que nous partions.
J'ai décidé que je ne pouvais pas résoudre la situation en Irak sans le voisin. Pour résoudre ce problème en Irak, nous avons dû en quelque sorte impliquer l'Iran et la Syrie. Je
devais travailler avec le voisin».
Fallon m'a dit que son centre d’attention n’était pas la question nucléaire iranienne, ou un changement de régime, mais "l’extinction des incendies en Irak." Il y avait
constamment des discussions à Washington et sur le terrain sur la façon d'impliquer l'Iran et sur l’option du bombardement. Fallon dit qu’il pensait qu'"il ne se passerait rien sauf
si les Iraniens faisaient quelque chose de stupide."
Toutefois, la retraite anticipée de Fallon semble avoir été provoquée non seulement par ses commentaires négatifs sur un bombardement de l’Iran, mais aussi par sa forte confiance
dans la chaîne de commandement et son insistance à être informé sur les opérations spéciales dans la région sou sa responsabilité.
L'un des défenseurs de Fallon est le Général de Marine à la retraite, John J. (Jack) Sheehan, dont la dernière affectation était comme Commandant en chef du Commandement
Atlantique des États-Unis, dont Fallon était un adjoint. L'année dernière, Sheehan a rejeté une offre de la Maison Blanche pour devenir l’"éminence grise" du président
concernant les guerres en Irak et en Afghanistan.
"L'une des raisons du choix de Fallon pour CENTCOM par la Maison Blanche, c’est qu'il était connu comme stratège et qu’il avait fait la preuve de ces compétences dans le
Pacifique," m'a dit Sheehan. (Fallon a servi comme commandant en chef des forces américaines dans le Pacifique de 2005 à 2007.)
"Il a été chargé de présenter un ensemble de stratégies cohérentes pour l'Iran, l'Irak et l'Afghanistan et, selon la loi, le commandant de combat est responsable de toutes les
opérations militaires au sein de sa ZO" (Zone d'opérations).
"Ce ne fût pas le cas," dit Sheehan.
"Lorsque Fallon a essayé de donner un sens à toutes les opérations publiques et secrètes menées par l'armée dans la région sous sa responsabilité, un petit groupe à la direction
de la Maison Blanche l’a exclu."
La loi citée par Sheehan est la Loi sur la Réorganisation de la Défense de 1986, connue sous le nom de Goldwater-Nichols, qui définit la chaîne de commandement : du Président au
Secrétaire à la Défense, en passant par le président du Comité des Etats-Majors Interarmes, et les différents commandants de combat, qui ont été chargés de tous les aspects des
opérations militaires, y compris de la formation et de la logistique. Cette autorité, déclarait la Loi, ne devait pas être partagée avec d'autres échelons de commandement.
Mais l'Administration Bush, dans le cadre de sa guerre mondiale contre le terrorisme, a institué de nouvelles politiques qui diminuent le rôle des commandants en chef
régionaux. Par exemple, elle a donné aux équipes des opérations spéciales, à des commandements militaires dans le monde, la plus haute priorité en termes d'obtention de soutien et
d'équipement.
Au cours des dernières années, la dégradation de la chaine traditionnelle de commandement a été un point de tension entre la Maison Blanche et les militaires en uniforme.
"La cohérence de la stratégie militaire est en train de s'éroder en raison de l'excessive influence de civils et de la direction d’opérations militaires
non-conventionnelles», a dit Sheehan.
"Si vous avez des petits groupes qui planifient et mènent des opérations militaires en dehors de la connaissance et du contrôle du commandant de combat, vous ne pouvez pas avoir
de stratégie militaire cohérente. Vous finissez avec une catastrophe, comme les efforts de reconstruction en Irak."
L'amiral Fallon, qui est connu sous le nom de Fox, savait qu'il se heurterait à des difficultés en tant que premier officier de Marine à la direction de CENTCOM, qui avait toujours
été dirigé par un commandant de terrain, m’a dit l’un de ses collègues militaires. Il savait également que les équipes des opérations spéciales seraient un sujet de
préoccupation.
"Fox a dit qu'il se passait beaucoup de choses étranges dans les Opérations Spéciales, et je lui ai dit qu'il devait arriver à comprendre ce qu'ils faisaient vraiment", m’a
dit le collègue de Fallon. "Les gars des Opérations Spéciales ont finalement compris qu'ils avaient besoin de Fox et ils ont commencé à lui parler. Fox aurait gagné son combat
avec les Opérations Spéciales, mais sans Cheney."
Le consultant du Pentagone a déclaré : "Fallon a été descendu parce que, à sa façon, il essayait d’empêcher une guerre avec l'Iran, et vous devez l’admirer pour cela."
Au cours des derniers mois, selon les médias iraniens, il y a eu une poussée de violence en Iran, toutefois, il est impossible à ce stade, de la mettre au crédit des activités de
la CIA ou du JSOC, ou d’évaluer leur impact sur les dirigeants iraniens.
Les reportages de la presse iranienne sont soigneusement contrôlés par le colonel de l'armée de l'air à la retraite, le Colonel Sam Gardiner, qui a enseigné la stratégie au
National War College et mène maintenant des jeux de guerre centrés sur l'Iran pour le gouvernement fédéral, les think tanks, et les universités.
La presse iranienne "est très libre pour décrire les meurtres qui ont lieu dans le pays," a déclaré Gardiner. C’est, dit-il, "une presse contrôlée, et le fait qu’elle
publie ces choses les rendent plus importantes. Nous commençons à voir l'intérieur du gouvernement."
Il a ajouté: «Pas un jour ne se passe maintenant sans que nous voyons un conflit quelque part. Il y a eu trois ou quatre incidents lors d’un récent week-end et les Iraniens ont
même publié les noms des officiers de la Garde révolutionnaire qui ont été tués."
Au début de cette année, un groupe militant Ahwazi a revendiqué l’assassinat d’un colonel de la Garde Révolutionnaire, et le gouvernement iranien a reconnu qu’une explosion dans un
centre culturel à Chiraz, au sud du pays, qui a tué au moins douze personnes et blessé plus de 200, était un acte terroriste et non pas, comme il l’avait dit avec insistance au début,
que c’était un accident.
Cela ne nous apprend pas l'existence d'une implication américaine dans tout événement particulier en Iran, mais, selon Gardiner, les Iraniens ont commencé à accuser publiquement
les États-Unis, la Grande-Bretagne et, plus récemment, la CIA pour certains incidents.
L'agence avait été impliquée dans un coup d'Etat en Iran en 1953 et son soutien à l'impopulaire régime du Shah Mohammed Reza Pahlavi - qui a été renversé en 1979 - est condamné
depuis des années par les mollahs au pouvoir à Téhéran, avec une grande efficacité.
"C’est le summum pour les Iraniens que de blâmer la CIA," a déclaré Gardiner. "C'est nouveau, et c'est une escalade : une augmentation irréversible de tensions. Cela
permet au régime d’obtenir un soutien et montre à la population que la menace du "Grand Satan" existe." Selon Gardiner, la violence, au lieu d’affaiblir le gouvernement
religieux iranien, pourrait lui octroyer un soutien.
Bon nombre d’actions pourraient être menées par des dissidents en Iran, et non par des Américains sur le terrain. Un problème avec "le passage de l'argent" (pour utiliser le
terme de la personne qui connaît le Finding) de façon secrète, c’est qu'il est difficile de contrôler où va l'argent et à qui il profite.
Néanmoins, l'ancien haut fonctionnaire des Renseignements a déclaré: «Nous avons été exposés, en raison du transfert de nos armes et de nos équipements de communications. Les
Iraniens seront en mesure de prouver que l'opposition a été inspirée par les Américains. Combien de fois avons-nous essayé cela sans nous poser les bonnes questions? Est-ce que le
risque en valait la peine? "
Une conséquence possible de ces opérations serait une violente répression iranienne contre l'un des groupes dissidents, ce qui pourrait donner une raison à l'administration Bush
d'intervenir.
La stratégie d'utilisation des minorités ethniques pour fragiliser l'Iran est une erreur, selon Vali Nasr, qui enseigne la politique internationale à Tufts University et est
également un membre du Conseil des Relations Extérieures.
"Tout simplement parce que le Liban, l'Irak et le Pakistan ont des problèmes ethniques, cela ne signifie pas que l'Iran souffre du même problème," m'a dit Nasr. «L'Iran
est un vieux pays - comme la France et l'Allemagne - et ses citoyens sont tout aussi nationalistes. Les États-Unis surestiment les tensions ethniques en Iran."
Les groupes minoritaires auxquels les États-Unis viennent en aide sont bien intégrés ou petits et marginaux, sans beaucoup d'influence sur le gouvernement ou avec la possibilité de
présenter une opposition politique, dit Nasr. "Vous pouvez toujours trouver des groupes d'activistes qui vont aller tuer un policier, mais travailler avec les minorités auront un
effet inverse et aliéneront la majorité de la population."
L'Administration a peut-être voulu compter sur les organisations de dissidents en Iran, même lorsqu'il y avait des raisons de croire que les groupes ont agi contre les intérêts
américains dans le passé. L'utilisation d'éléments Baluchi, par exemple, est problématique, m’a dit Robert Baer, un ex-agent de la CIA qui a travaillé pendant près de deux
décennies en Asie du Sud et au Moyen-Orient.
"Les Baluchi sont des Sunnites fondamentalistes qui détestent le régime de Téhéran, mais vous pouvez aussi les décrire comme Al-Qaida," m'a dit Baer. «Ce sont des gens
qui coupent les têtes des non-croyants - dans ce cas-ci, ce sont les Chiites Iraniens. L'ironie est qu’une fois de plus, nous travaillons avec des fondamentalistes Sunnites, comme
nous l'avons fait en Afghanistan dans les années 80."
Ramzi Yousef, qui a été condamné pour son rôle dans l’attaque à la bombe du World Trade Center en 1993, et Khalid Sheikh Mohammed, qui est considéré comme l'un des
principaux cerveaux des attentats du 11 Septembre, sont des fondamentalistes Sunnites Baluchi.
L'un des groupes les plus actifs et les plus violents contre le régime en Iran est aujourd'hui le Jundallah, également connu sous le nom du Mouvement de Résistance du Peuple
iranien qui se décrit comme une force de résistance luttant pour les droits des Sunnites en Iran.
«Il s'agit d'une organisation salafiste violente dont les adeptes ont participé aux mêmes madrassas que les Talibans et les extrémistes pakistanais", m'a dit Nasr.
"Ils sont soupçonnés d'avoir des liens avec Al-Qaida et ils sont aussi supposés être liés à la culture de la drogue."
Le Jundallah a revendiqué la responsabilité de l’attaque à la bombe d’un bus de soldats de la Garde Révolutionnaire en Février 2007. Au moins onze membres de la Garde ont été tués.
Selon Baer et les rapports de presse, le Jundallah est l'un des groupes en Iran qui bénéficient du soutien des États-Unis.
La C.I.A. et les équipes des Opérations Spéciales ont aussi des liens de longue date avec deux autres groupes dissidents en Iran: les Moudjahidin-E-Khalq, connu en Occident sous le
nom de M.E.K., et un groupe séparatiste kurde, le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan, ou PJAK .
Le M.E.K. a été mis sur la liste des organisations terroristes du Département d'État pendant plus d'une décennie, mais ces dernières années, le groupe a reçu des armes et des
renseignements, directement ou indirectement, des États-Unis.
Certains des nouveaux fonds secrets autorisés, m’a dit le consultant du Pentagone pourrait bien finir dans les coffres du M.E.K.
"Le nouveau corps expéditionnaire collaborera avec le MEK L'Administration est désespérée d’obtenir des résultats." Il a ajouté : «Le MEK n’a pas de C.P.A pour vérifier
les livres, et ses dirigeants sont connus pour se remplir les poches depuis des années. Si les gens ne savaient seulement ce qu’obtient le MEK et combien va sur ses comptes bancaires
- et pourtant tout cela ne sert presque à rien pour les objectifs de l’Administration."
Le parti kurde, PJAK, qui serait soi-disant également secrètement soutenu par les États-Unis, opère contre l'Iran à partir de bases situées dans le nord de l'Irak depuis au moins
trois ans. (L’Iran, comme l'Irak et la Turquie, a une minorité kurde, et le PJAK comme d'autres groupes veulent une autonomie sur un territoire qui fait maintenant partie de
chacun de ces pays.)
Ces dernières semaines, selon Sam Gardiner, le stratège militaire, ont été marquées par une augmentation du nombre des engagements armés du PJAK avec les Iraniens et des attaques
terroristes contre des cibles iraniennes.
Au début du mois de Juin, l'agence de presse Fars a indiqué qu’une dizaine de membres du PJAK et quatre gardes frontière iraniens ont été tués dans un affrontement près de la
frontière avec l’Irak : un attentat semblable à celui de mai qui a tué trois Gardes de la Révolution et neuf combattants du PJAK. Le PJAK a également porté à plusieurs reprises des
attaques terroristes en Turquie, membre de l'OTAN, et les rapports sur le soutien américain au groupe ont été une source de friction entre les deux gouvernements.
Gardiner a également mentionné un voyage que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a fait à Téhéran en Juin. A son retour, Maliki a annoncé que son gouvernement
allait interdire tout contact entre les étrangers et les MEK -- Une gifle aux relations des États-Unis avec le groupe.
Maliki a déclaré que l'Irak de voulait pas être une base pour les opérations secrètes contre d'autres pays. C'était un signe, dit Gardiner, du "choix grandissant de Maliki
pour les intérêts de l’Irak contre les intérêts des États-Unis."
Pour ce qui est des allégations américaines concernant une implication iranienne dans l'assassinat de soldats américains, dit-il, "Maliki n'était pas disposé à jouer le jeu de
blâmer l'Iran." Gardiner a ajouté que le Pakistan venait d'accepter de remettre un chef du Jundallah au gouvernement iranien. Les opérations secrètes américaines, dit-il,
"semblent porter atteinte aux relations avec les gouvernements irakiens et Pakistanais et pourraient bien renforcer les relations entre Téhéran et Bagdad."
La confiance de la Maison Blanche dans des opérations contestables et les plans impliquant d’éventuelles actions mortelles en Iran ont engendré de la colère et de l'inquiétude
concernant les opérations spéciales et les opérations des renseignements.
Les opérations du JSOC en Iran sont soupçonnées d'être calquées sur un programme qui a, avec un certain succès, utilisé des substituts pour cibler les dirigeants Talibans dans les
territoires tribaux du Waziristan, le long de la frontière pakistano-afghane. Mais les situations au Waziristan et en Iran ne sont pas comparables.
«Au Waziristan, le programme fonctionne parce que c’est un petit nombre de types intelligents qui s’en occupent", m’a dit l’ancien au responsable des Renseignements. «Il
est exécuté par des professionnels. La NSA, la CIA et la DIA" -- La Defense Intelligence Agency - "travaillent avec les forces spéciales et les services de renseignements pakistanais,
et ils traitent avec des méchants.
Il a ajouté : «Nous devons être très prudents en faisant venir des missiles. Nous devons frapper des maisons à certains moments. A quelques centaines de mètres, des gens sur le
terrain regardent avec des jumelles et demandent des lieux précis, en latitude et longitude. Nous laissons rôder le Prédateur jusqu'à ce que les cibles entrent dans une maison, et
nous devons faire en sorte que nos gars soient assez loin de sorte qu'ils ne soient pas touchés. "
L'une des plus importantes victimes de ce programme, a déclaré l'ancien fonctionnaire, était Abou Laith al-Libi, un haut commandant taliban, qui a été tué le 31 Janvier,
soi-disant dans une frappe de missile qui a tué onze autres personnes.
Une dépêche publiée le 26 mars par le Washington Post faisait état de l'augmentation du nombre de frappes réussies contre des Taliban et d'autres groupes d’insurgés dans des zones
tribales du Pakistan. Un suivi d'article notait qu’en réponse, les Taliban avaient tué "des dizaines de personnes« soupçonnées de fournir des informations aux États-Unis et à ses
alliés sur l'endroit où se trouvaient les dirigeants Taliban. La plupart des victimes étaient supposés être des espions américains, et leur exécution - dans un cas, une décapitation -
a été filmée et distribuée sur DVD comme avertissement aux autres.
Il n'est pas simple de reproduire ce programme en Iran. "Tout le monde discute de la liste des cibles de haute valeur", déclare l'ancien haut responsable des Renseignements.
"Le gars des Forces Spéciales sont en rogne parce que le bureau de Cheney a établi des priorités pour les catégories de cibles et maintenant il est impatient et fait pression pour
obtenir des résultats. Mais il faut beaucoup de temps pour avoir les bonnes personnes en place».
Le consultant du Pentagone m'a dit: "Nous avons eu des résultats merveilleux dans la Corne de l'Afrique avec l'utilisation de substituts et de faux drapeaux – des stratégies de
base du contre-espionnage et de la contre-insurrection. Et nous commençons à créer des petits groupes en Afghanistan. Mais la Maison Blanche va tuer le programme si elle les utilise
contre l’Iran. C'est une chose que de se livrer à des frappes sélectives et à des assassinats au Waziristan et une toute autre chose en Iran.
La Maison Blanche pense qu’un programme convient partout, mais les questions juridiques concernant les exécutions extrajudiciaires au Waziristan sont moins un problème parce
qu’Al-Qaida et les Taliban traversent la frontière pour se rendre en Afghanistan et reviennent souvent traqués par les forces américaines et celles de l’OTAN. La situation n'est pas
aussi claire dans le cas iranien. Toutes les considérations - juridiques, stratégiques et politiques - sont différentes en Iran."
Il a ajouté: «Il existe un énorme opposition dans la communauté des Renseignements à l'idée de mener une guerre secrète en Iran, et d’utiliser les Baluchis et les Ahwazis comme
substituts. Les responsables de nos membres des opérations spéciales ont un remarquable courage physique, mais ils sont moins enclins à exprimer leur opposition à la politique. L’Iran
n'est pas le Waziristan."
Un sondage Gallup effectué en Novembre dernier et rendu public avant le N.I.E., a révélé que 73% des personnes interrogées pensaient que les États-Unis devraient utiliser l'action
économique et diplomatique pour arrêter le programme nucléaire iranien, alors que seuls 18% étaient favorables à une action militaire directe. Les Républicains étaient deux fois
plus susceptibles que les Démocrates d’approuver une frappe militaire.
La lassitude de la guerre en Irak a sans aucun doute affecté la tolérance du public pour une attaque contre l'Iran. Cependant, cette disposition pourrait changer rapidement. Le
potentiel d'escalade est apparu clairement au début du mois de Janvier, lorsque cinq vedettes de patrouille iraniennes, supposées être sous le commandement de la Garde
Révolutionnaire, ont effectué une série d’actions agressives contre trois bateaux de guerre naviguant dans le Détroit d'Ormuz.
Les rapports initiaux sur l'incident rendus public par le bureau de presse du Pentagone déclaraient que les Iraniens avaient menacé, par radio de bateau à bateau, de "faire exploser"
les navires américains.
Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le Président, le jour où il partait pour un voyage de huit jours au Moyen-Orient, a qualifié l'incident de "provocation" et de
"dangereux" et il y a eu, très brièvement, un sentiment de crise et d’indignation contre l'Iran.
"A DEUX MINUTES DE LA GUERRE" titrait un journal britannique.
La crise a été rapidement désamorcée par le vice-amiral Kevin Cosgriff, le commandant des forces navales américaines dans la région. Aucun coup de semonce n’a été
tiré, a déclaré l'amiral à la presse du Pentagone le 7 janvier, par téléconférence depuis son siège, à Bahreïn.
"Oui, c’est plus grave que nous l'avions pensé, mais, pour mettre les choses dans leur contexte, nous dialoguons régulièrement avec la Garde révolutionnaire iranienne et leur
Marine", a déclaré Cosgriff. «Je n'ai pas eu le sentiment d’après les rapports que j’ai reçus qu'il y avait un sentiment de peur face à ces cinq bateaux."
La prudence de l’Amiral Cosgriff était bien fondée: Moins d’une semaine plus tard, le Pentagone a reconnu qu'il n'avait pas pu identifier les bateaux iraniens comme étant la source
de la sinistre transmission et les articles de presse ont laissé entendre qu'elle avait plutôt du provenir d'un farceur bien connu pour envoyer de faux messages dans la
région.
Néanmoins, l'attitude de Cosgriff a mis en colère Cheney, selon l'ancien haut responsable des Renseignements. Mais l’incident a appris quelque chose : Le public a soutenu
l'idée de représailles, et a même demandé pourquoi les Etats-Unis n'en avaient pas fait plus. L'ancien responsable a déclaré que, quelques semaines plus tard, une réunion a eu
lieu dans le bureau du Vice-Président. "La question est de savoir comment créer un casus belli entre Téhéran et Washington", a-t-il dit.
En Juin, le Président Bush a fait une visite d'adieu à l'Europe. Il a pris le thé avec la reine Elizabeth II et a dîné avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le Président et la Première
Dame de France.
Les affaires sérieuses ont été cachées et ont impliqué une série de réunions sur un nouvel effort diplomatique pour persuader les Iraniens de mettre fin à leur programme
d’enrichissement d'uranium. (L’Iran affirme que son programme d'enrichissement est à des fins civiles et est légal au regard du Traité sur la non-prolifération des armes
nucléaires.)
La Secrétaire d'État Rice a été impliquée dans l'élaboration d'un nouvel ensemble de mesures d'encouragements. Mais l’essentiel de la position de négociation de l'Administration
semble être inchangé : il n’y aura pas de discussions tout pendant que l'Iran ne mettra pas fin à son programme.
Les Iraniens ont à maintes reprises et catégoriquement rejeté cette condition, laissant la situation diplomatique dans une impasse, ils n'ont pas encore répondu officiellement aux
nouvelles propositions.
La poursuite de l’impasse alarme de nombreux observateurs. Joschka Fischer, l'ancien ministre allemand des Affaires Etrangères, a récemment écrit dans une colonne publiée dans
plusieurs journaux qu'il ne serait "peut-être pas possible de geler le programme nucléaire iranien pendant la durée des négociations afin d'éviter un affrontement militaire avant
leur fin. Si cette nouvelle tentative échoue, les choses vont bientôt devenir graves. Mortellement graves."
Quand je lui a parlé la semaine dernière, Fischer, qui a de nombreux contacts parmi les Diplomates, a déclaré que la dernière approche européenne comprend un nouvel élément : la
volonté des États-Unis et des Européens d'accepter moins qu'un arrêt complet de l'enrichissement comme une étape intermédiaire.
"La proposition dit que les Iraniens doivent cesser la fabrication de nouvelles centrifugeuses et que l'autre partie arrêtera de présenter de nouvelles sanctions devant le Conseil
de sécurité des Nations Unies», a dit Fischer, bien que l'Iran devrait tout de même geler ses activités d'enrichissement lorsque les négociations officielles commenceront.
"Cela pourrait être acceptable pour les Iraniens - s'ils font preuve de bonne volonté." La grande question, a ajouté Fischer, se trouve à Washington.
"Je pense que les Américains sont profondément divisés sur la question de ce qu'il faut faire au sujet de l'Iran", a-t-il dit. "Certains responsables sont préoccupés par
les retombées d'une attaque militaire et d'autres pensent qu’une attaque est inévitable. Je connais les Européens, mais je ne sais pas du tout jusqu’où iront les Américains sur cette
question."
Il y a une autre complication: la politique présidentielle américaine. Barack Obama a dit que, s'il était élu, il commencera des négociations avec l'Iran sans conditions
préalables "voués à l'échec" (mais seulement après que soient posées des bases diplomatiques).
position a été vivement critiquée par John McCain. Le Washington Post a récemment cité Randy Scheunemann, le directeur à la sécurité nationale de la campagne de McCain, disant
que McCain soutenait la position de la Maison Blanche, et que le programme devait suspendu avant le début des négociations. Ce que propose Obama, dit Scheunemann,
"c’est un sommet unilatéral de rigolos".
Scheunemann, qui est connu en tant que néoconservateur, est également le plus important canal de communication avec la Maison Blanche de la campagne de McCain. C’est un ami
de David Addington, le chef d'état-major de Dick Cheney.
J'ai entendu différents récits de l'influence de Scheunemann sur McCain, même si certains proches de la campagne de McCain parlent de lui comme un possible conseiller en matière de
sécurité nationale, d'autres disent qu'il est quelqu'un qui n'est pas pris au sérieux en "disant à Cheney et à d'autres ce qu’ils veulent entendre », comme l’a dit un
conseiller de McCain.
On ne sait pas si McCain, qui est le Républicain le plus haut placé dans la Commission des Services Armés au Sénat, a été officiellement informé sur les opérations en Iran.
Lors de la conférence annuelle de l'American Israel Public Affairs Committee, en Juin, Obama a répété son plaidoyer en faveur d’une "diplomatie dure et de principe."
Mais il a également dit, comme McCain, qu'il garderait sur la table la menace d'une action militaire contre l'Iran.