Spécial Liban
Mardi, le pouvoir libanais,
emmené par Walid Jumblatt lance une offensive politique contre la Résistance et l’ensemble de l’opposition en annonçant sa volonté de démanteler le réseau de téléphonie du Hezbollah (à usage
militaire) et de remplacer le directeur de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth dans une volonté affichée d’internationaliser l’aéroport (de le placer sous contrôle US c-a-d). Ce dernier se
situe en plein milieu de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. C’est cette offensive que relaie “le Monde”
Quelque jours auparavant,
une polémique montait suite à des révélations en provenance d’Israël sur une opération “d’élimination ciblée” israélienne de cadres du Hezbollah dans la banlieue sud, en coordination avec des
membres du pouvoir libanais. Ces révélations s’ajoutaient à celles qui révélaient une tentative des forces libanaises (néo-fascistes chrétiens) visant à abattre le général Aoun (parti chrétien
majoritaire, opposition).
Mardi soir, les leaders de
l’opposition adressent au gvt une lettre prévenant que toute action en direction des réseaux de communication de la résistance et de l’aéroport serait considérée comme un casus belli.
Mercredi matin : la
manifestation syndicale initialement prévue et soutenue par les partis de l’opposition pour dénoncer la faillite socio-économique du pouvoir libanais est annulée au vu des risques de
déstabilisation provoquée par l’offensive gouvernementale, mais la grève général est maintenue.
Le même jour, après que le
gvt a relevé de ses fonctions le directeur de la sécurité de l’aéroport, le Hezbollah ferme les routes y menant. L’aéroport se trouve de fait bloqué. Des troubles éclatent entre jeunes des
camps opposés, l’armée s’interpose, quelques blessés sont dénombrés.
Dans l’après-midi, le
cabinet gouvernemental confirme sa volonté de prendre le contrôle du réseau téléphonique du Hezbollah.
La journée de jeudi voit
des hommes en armes remplacer les jeunes des camps adverses, des combats se font plus violents entre miliciens du camps Hariri (ce sont eux que l’on voit souvent sur les photos de la presse
occidentale) et forces de l’opposition (Hezbollah mais aussi partis laïques). Plusieurs civils sont tués par des snipers des Forces libanaises (milice néo-fasciste) et du clan Hariri (armés
jusqu’aux dents…). L’armée refuse de déclarer l’Etat d’urgence et de proclamer le couvre-feu. Autrement dit, elle refuse de soutenir le coup gouvernemental contre la Résistance (laquelle a un
grand prestige au sein de l’armée). A ce moment, le coup de force a échoué. Les USA ne pourront prendre pour prétexte un coup d’Etat du Hezbollah contre l’armée régulière pour débarquer.
Jeudi après-midi, Hassan
Nasrallah s’adresse à la presse dans une intervention attendue. Du grand Nasrallah, comme d’habitude ! : rassurant, déterminé, collectif, plein d’humour ironique, intransigeant sur
les fondamentaux. Dans l’après-midi les troubles s’intensifient, les forces de l’opposition (de facto donc soutenues par l’armée régulière) prennent progresssivement contrôle des bureaux des
miliciens pro-Hariri, Jumblatt, et Geagea et des quartiers dits “sunnites”, qu’ils remettent au fur et à mesure à l’Armée régulière. Hassan Nasrallah reçoit un soutien sans faille des leaders
de l’opposition, Aoun (et donc les chrétiens) en tête.
Vendredi matin, Jumblatt et
Hariri paniquent visiblement, demandant l’arrêt des hostilités, rabaissant leurs exigences pour tenter un compromis de dernière minute. Les leaders de l’opposition restent intransigeants :
tout compromis repose sur les respect des conditions posés par Nasrallah. Jumblatt demande la proptection de l’armée. Selon tayyar.org, l’ambassadeur d’Arabie saoudite demande à Siniora de
démissionner. La France ne parait pas prendre position (ni la France ni l’Italie, du fait des soldats de la Finul présents au sud Liban ne peuvent se permettre de voir leur relation avec le
Hezbollah se détériorier au délà d’une certaine limite…). Les “renforts” appelés depuis le nord du Liban par Hariri et Jumblatt refusent progressivement de nourir des combats contre la
Résistance qu’ils estiment perdus et illégitimes. Dans les zones mixtes de la Bekka, les influentes familles sunnites négocient des accords de non-belligérance avec les chefs du Hezbollah, se
mettant d’accord pour ne pas étendre les troubles au delà de Beyrouth. Partout, les miliciens du clan Hariri (le “futur”) rendent leurs armes, abandonnent leurs positions et leurs bureaux. De
nombreuses voix officielles sunnites et druzes se désolidarisent du coup de force contre la Résistance.
L’affaire confirme le fort soutien dont bénéficie et continue de bénéficier la résistance, y compris dans les zones sunnites et chrétiennes.
=> Tout cela confirme l’analyse de Hassan Nasrallah : le conflit n’est pas religieux (chiites sunnites) mais bien politique, opposant les partisans de l’indépendance (de toute confessions, de toutes régions), à ceux qui veulent “vendre le pays”.
Vendredi 13h00 : très inquiets hier midi, nous voici non seulement rassurés, mais comblés. L’opposition anti-impérialiste et multiconfessionnelle vient de remporter une victoire politique et stratégique majeure.
Hasta la victoria !
W. et N.